Sonia veut brûler des douleurs

“Sonia veut brûler des douleurs, des choses, du passé.

Quelques souvenirs représentés par des objets feront l'affaire.

Brûler quelques attaches pour se sentir légère. Assez légère pour que son corps s'affaisse. Elle se sent lourde. Elle veut renaître.

La mission commence.

D'abord, rassembler les objets dits coupables. Coupables d'être chargés ou déchargés de moments vécus. Faire le tour de tous les coins et recoins de la chambre. Son radar visuel scrute l'espace dans tous les sens. Certains objets peuvent devenir totalement obsolète, vides, le souvenir est parti, ailleurs...et d'autres rappellent, interpellent, font surgir des sensations désagréables. Coupables de vides ou d'émettre des ondes négatives. Voilà. Ces sensations de trop plein, de tout et de rien, s'imprègnent et s'infiltrent dans tout le corps, comme l'eau au travers d'une fissure...ça finit par alourdir et ramollir n'importe quelle structure.

Alors autant faire le vide, maintenant.

Brûler les pollutions, évacuer les trop plein et les riens.

Une détox matérielle pour une purification émotionnelle. Ménage de printemps. Se détacher, on a dit.

Sonia sort de la maison et fonce à travers le jardin les bras remplis d'objets de toutes tailles, matières et couleurs.

Devant le gros bidon de métal qui sert de brasero, elle s'arrête.

Une photo s'échappe de ses bras comme une feuille morte qui se détacherait d'une branche. Elle virevolte lentement et au moment de toucher le sol, le corps de Sonia tout entier la devance. Elle s'assoit, d'un coup, laissant tomber tous ses maudits trésors, dans l'herbe. Ce qu'elle redoutait, arriva. La voilà curieuse et subjuguée devant la jolie explosion formée par les objets disparates. Chaque élément semble différent dans cette nouvelle configuration. Un objet à côté d'un autre, tombé comme ça, au hasard de la gravité, propose une connexion inattendue. Une petite boîte d'allumettes colorée à côté d'un sous-verre portant le nom d'une bière lui rappelle l'ambiance des bars. Elle peut presque entendre un brouhaha, sentir des vapeurs d'alcool et de tabac mélangés aux parfums de corps inconnus. Ça l'envoûte. Le souvenir l'envahit, plus rien n'existe autour.

Ce petit vortex d'attendrissement agit comme une sonnette d'alarme.

Son corps se raidit, il faut reprendre la mission.

Elle regarde au loin et aperçoit une silhouette derrière la barrière du jardin...et de la fumée ? Elle ramasse et jette tous ses trésors en une chorégraphie rapide et désordonnée, du sol au bidon, du sol au bidon, du sol au...Ha, ça y est. Tout y est.

Elle se dirige vers l'ombre qui fume en se frottant les mains, l'air satisfait et déterminé, plus personne ne fume aujourd'hui.

Ni hier ni tous les aujourd'hui d'avant.

Fumées interdites, on a dit.

Son pas ralenti en approchant la barrière du jardin.

C'est une barrière très très très haute mais tout à fait ajourée, les multiples rouleaux de fils barbelés qui la compose forment une sorte de dentelle à fleurs dont les épines brillent au soleil. ...”

Texte de Mag

Atelier d’écriture #LanguedeLutte en non-mixité #Queer et #Féministe

#Feu

Les textes de ce blog ont été créés lors d’ateliers d’écriture, en non mixité queer et féministe. Plus d’informations sur : www.facebook.com/languedelutte

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Langue de lutte

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