Notre corps nous parle

Notre corps nous parle de souvenirs, d’abandon, de tension et d’attrait, d’un trait tiré sur le passé, d’un bond vers l’avant, de renaissance ralentie par la lancinante douleur d’antan.

Lettre à son corps

Subtiles mentions de violences sexuelles et d’auto mutilation

Main gauche. Malhabile, jugée inutile, attire les ennuis bien mieux qu’elle ne les repousse. Deux fois brisée, mais toujours là pour te toucher. Des souvenirs qu’elle aimerait bien effacer, mais même la gomme, ça pèse une tonne.

Pourtant, tout ce que le corps a traversé, tu l’as subi aussi. Tu étais là, tu as vu, tu as touché, griffé, résisté, puis finalement tu as cédé.

Tu as regardé, envieuse, cette belle main droite, habile, utile, attire l’inspiration comme une lueur séduit le papillon. Assurée et agile, luisante et bruyante, vaisseaux pour les mots juste tracés mais criés plus fort que n’importe quelle voix ne pourrait les aboyer.

Je sais ce que tu penses.

Comme elle a de la chance …

Regardez-la, elle s’exprime.

Mais tu sais, main gauche, si t’avais pas été brisée, serrée, lacérée …

Main droite aurait foutre rien à raconter.

Ce que tu sais pas, c’est que sans toi la page reste blanche, les yeux grands ouverts, le nez en l’air, l’air con. Sans toi, y a pas de partage, pas de leçon, pas d’ici, pas de Mutinerie. Y a pas de centaines de pages lourdes de traumas recrachés brut, d’heures à fixer le miroir, de cligner des yeux, et de te voir ouverte à nouveau, dégoulinante, dégoutante, écœurante. Encore.

Cette douleur, cette rancœur, c’est ce qui fait bouger la main droite, c’est ce qui créé le mouvement, tire le corps du lit, le fait bouger. Sauter dans un train pour que la tête se dise à toutes les stations : non, je peux pas, je descends.

Regarde.

On est là.

Allez, fais coucou, sale gosse. Ca va aller.

Réponse du corps

Je sais.

Je suis consciente.

Je vois.

Je me souviens.

C’est difficile d’oublier quand j’ai mal tous les jours. Le plus petit des gestes me projette tout ce qu’on a essayé si fort de mettre derrière nous, je le sens dans chaque fibre de mon être.

Et … Je suis pas sûre. Ça fait longtemps qu’on se dit ça et même si on bouge plus, ça change rien. On est toujours si misérables.

Après … Tant que je suis là, autant que je serve à quelque chose ? Si tout ça peut être utile à quelqu’un, si quelqu’un a besoin d’entendre cette histoire …Si la façon qu’on a eu de survivre peut en inspirer d’autres à faire pareil, alors vas y. Dis à main droite de tout tracer. Donne-leurtout. De ce que je vois et entends aujourd’hui, ce sont toutes des personnes magnifiques et heurtées qui ont besoin …

Qu’on leur tende la main.

Je suis pas sûre de ce qu’on a a leur donner, mais on va faire de notre mieux. C’est au moins une promesse que je peux te faire.

Texte écrit par Ana.

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Les textes de ce blog ont été créés lors d’ateliers d’écriture, en non mixité queer et féministe. Plus d’informations sur : www.facebook.com/languedelutte

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Langue de lutte

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