MIDTIME LOS ANGELES CHANGED HER NAME FOR LOS EVILS THE CITY OF THE HARSH CONTRASTS.

Le ciel est noir parsemé d’étoiles blanches qui scintillent comme des balles de revolver perdues éraflées. Elle marche seule. Sur Sunset boulevard les grands palmiers poussiéreux penchent leurs palmes de vert plastique fluo dirty vers elle pour l’envelopper, l’étreindre et l’étouffer. Hollywood boulevard étend son serpent large et sinueux, somnolent au cœur de la ville, des hordes de loosers montent et descendent le long de ses trottoirs friables à la recherche d’un verre au fond duquel revoir les reflets éclatés de leurs rêves brisés, booze, booze, leurs désirs au fond de leurs cœurs ralentis vrombissent comme les ailes des mouches qui se collent dans le smog qui étouffe la ville. Elle tourne à gauche, des coups de feu éclatent brefs et secs et déchirent un instant le silence. Elle ralentit puis reprend sa course. Deux hommes et une femme sortis de nulle part s’approchent du corps d’un jeune homme écrasé sur le bitume noir les bras en croix. Ils le recouvrent d’une couverture de laine blanche et ferment ses yeux sur les rêves qui venaient hier d’éclore au fond des fumées de son esprit. Règlement de compte ? Erreur de cible ? Un hélicoptère descend et tournoie au-dessus du corps quelques minutes avant de se poser. Des cops en descendent surarmés. Quatre heures du matin. LA tressaille au sons stridents de tous les rêves et de toutes les espérances de ses occupants. Certains inconscients sombrent dans la fumée onirique et perverse, le poison de la ville. D’autres veillent et tendent l’oreille au moindre craquement, au moindre coup de feu, ils ne veulent pas s’endormir par peur de ne plus pouvoir se réveiller.

Les hélicoptères vrombissent comme des mouches ou des coléoptères dans le ciel noir au-dessus de la ville. Quelques étoiles filent et traversent l’épaisseur de la nuit comme des rafales de mitraillettes. Elle marche seule. Elle rêve de musique et de gloire comme les zombies qui montent et descendent Hollywood Boulevard. The city swallows her dreams. Elle continue à errer, à tourner, elle accélère au milieu des immeubles blancs et roses, comme un damier les rues à angles droits s’ouvrent devant ses pieds fébriles. Elle marche de plus en plus vite, presque elle court derrière le fantôme de son destin qui s’échappe à mesure qu’elle veut le rattraper, qu’elle veut l’étreindre. Ses pensées bondissent et se mêlent aux étoiles et font des trous dans le ciel vide. Elle arrive dans Melrose, ses pensées speedent et s’entrechoquent, hagardes, blafardes comme des dents qui claquent en descente d’exta. Elle surgit dans Orange County et se blesse aux arêtes âpres des murs de béton qui s’élèvent tout droit vers le ciel comme autant de tours de Babel branlantes, épuisées. Elle se perd dans un dédale de tours en construction, débusque des homeless et des rats qui filent en marmonnant entre ses doigts fébriles qui ne peuvent plus rien toucher sans grâce et à qui tout échappe. Hier pendant la fête les verres d’alcool glissaient de ses mains malhabiles et se brisaient avec une déflagration mate sur les carreaux roses et blancs de la cuisine. Elle plonge tout droit au creux d’une avenue rectiligne qui se perd dans l’infini au loin. On n’en voit pas le bout. Soudain la mer. L A au bord de l’océan atlantique semble vouloir se jeter à l’eau de tous ses cris désespérés, de tous ses rêves avortés. Des actrices et des acteurs sans films, des chanteurs et des chanteuses sans musique, des stars sans lumières, des ombres qui se désagrègent dans l’aube blafarde qui se lève sur la mer et les brumes s’effacent et les saouleries et les excitations brèves se dissipent. Hollywood boulevard traverse la ville paresseux et indolent comme un boa constrictor goulu qui se nourrit de toutes ces vies de jeunes filles et de jeunes hommes descendus du greyhound avec une petite valise pleine de rêves, avides de gloire et de paillettes. Mais au bout de quelques mois ils et elles descendent et remontent Hollywood boulevard, singing the song of booze, ils et elles dorment dans des abris de fortune ou à l’armée du Salut. Et certains jours ils descendent vers la mer regarder les bateaux échoués sur l’eau plate et huileuse à peine dérangée par une petite brise chaude qui fait quelques remous chatoyants, dont les capitaines se sont enfuis laissant des équipages affamés aux antipodes de chez eux. Ils ne partiront plus. Leurs visages fanent et leurs corps maigrissent, leurs épaules s’affaissent.

Ils disparaissent.

Ils s’effacent.

Leurs corps ne laissent pas de traces.

Marcher dans une ville américaine où seules roulent des voitures de luxe, des berlines, des limousines aux vitres fumées qui ralentissent en passant au niveau de la jeune fille énervée qui marche seule comme une somnambule. Wanna follow me baby. Your eyes are violets as those of d’Elizabeth Taylor? . I am a productor. I’ll make a star of you. Wanna follow me, lovely chick ?

De Beverley Hill à Downtown.

Des collines à la mer.

LA s’étend à l’infini.

LA s’aplatit sous les lumières et les néons froids.

LA woman, she’s so alone.

Il gare le camion et jette le corps d’une jeune fille dans l’eau froide. Il avait laissé le moteur allumé et repars dans l’aube grise et poisseuse trouée de lumignons oranges agonisants. L’ombre blême du corps d’une jeune fille descendue des collines collantes d’argent sale en collants résilles flotte au-dessus de l’eau immobile qui stagne. Ombre anonyme, overdose ou règlement de compte. Erreur d’aiguillage. Son corps vogue vers d’autres rives, Ophélie de la fin du 20 ème siècle. Une aventure sans bruit, en douce, une aventure brève. Elle venait du Minnesota. Elle était jeune, jolie et naïve. Son corps pétri de rêves trop grands pour elle qui étendent leurs ailes des collines de Beverly Hill gluantes d’argent aux déambulations erratiques à Vénice Beach au milieu des corps bronzés aux visages sans expressions, des planches à voile, des skates, des patins à roulettes. Il avait ralenti en passant à sa hauteur, il avait descendu la vitre teintée de sa limousine. Il s’était présenté comme un producteur. I avait un bureau sur Sunset Boulevard, au troisième étage d’un petit immeuble cradingue. Elle s’est retrouvée une nuit d’orgie dans une villa blanche de Beverley Hill. Elle a vomi son désespoir sur le gazon vert électrique, vodka et coke. Au petit matin sur l’ordre de son patron le jardinier a chargé son corps dans la camionnette au milieu des roses fanées au milieu des roses coupées au milieu des roses à jeter. Il a descendu Sunset dans la lumière rasante d’une série B vers la mer. Au bout de la jetée se sont scellés des destins croisés dans la somnolence et l’ivresse, le mensonge, la paresse et les promesses non tenues.

Texte d’Isabelle L.

Atelier d’écriture féministe Langue de lutte #LaVilleEstÀNous

Les textes de ce blog ont été créés lors d’ateliers d’écriture, en non mixité queer et féministe. Plus d’informations sur : www.facebook.com/languedelutte

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