Il est temps d’établir une ZAF.

Zone Autonomie Féministe.

Tout le monde dit que Paris pue, qu’elle est sale mais je l’ai toujours identifiée comme étant la ville lumière. Celle de la Belle Époque, des corsets et du progrès. Celle des grandes avenues et des perspectives haussmanniennes où tout est bien rangé, dans laquelle chaque perspective se termine sur un monument. Ici un Opéra flanqué aux initiales d’un dictateur, là un cavalier victorieux avec plus loin, une rue à son nom qui le porte aux cieux. J’ai même de l’affection pour les pigeons, lointains ancêtres des voyageurs qui délivraient les messages derrières les lignes ennemies. Ils sont porteurs d’espoir quand ils s’envolent. Je regardais Paris tel un eldorado depuis mes yeux d’ado, sans me rendre compte que j’étais moi aussi un ennemi.

C’est une ville aseptisée qui nous est léguée, afin d’en faire un trophée, dont il est impossible de s’emparer. Difficile de construire des barricades entre deux façades tandis que la garde charge. Les Gilets jaunes l’ont montré tant de fois, inlassablement face a chaque marée, chaque rangée, il se sont retrouvé débordé, maîtrisés et canalisés. L’état d’urgence est de chaque côté avec un net avantage pour celui qui maîtrise l’espace.

Si on est tous des cas contact, il est temps d’établir une ZAF. Zone Autonomie Féministe. Sans mercis on sifflerait l’avènement de cette dictature tant décriée et redoutée par le patriarcat. Il ne s’agit plus de paroles qui demandent “d’arrêter de se frotter s’il vous plaît :” où « est-ce qu’il est possible d’être payée 10% en plus ». On ferait d’un coup : un nouvel État.

La première règle sera de repeindre toutes les rames de métro en rose. Fini ce vert bouteille déprimant, mimant les secondes d’avant la mort. La Compagnie Républicaine de Sécurité sera remplacée par des butchs qui procéderont à des contrôles au faciès ciblés, à destination des hsbc, à la sortie de chaque tour du quartier de la Défense ; avec, attachées à leurs ceintures, des matraques prêtes a sonder toute la véracité, de ceux qu’elles prendront soin d’interroger.

On gardera le principe d’un couvre feu pour dès 19h pour les hommes cis avec l’obligation de faire des fiches de lecture sur l’oeuvre de Wittig. On accrochera des sous-tifs aux fenêtres à la place du drapeau tricolore. On troquera la Marseillaise contre “I feel love” de Donna Summer et la version de douze minutes, hein. Avec ça, les matchs de foot auront une autre gueule. Et l’on placera enfin, tout en haut de la Tour Eiffel, une grande vulve qui tournera à l’infini, en éclairant le monde d’une nouvelle direction.

Texte de Thomas

Atelier d’écriture féministe Langue de lutte #LaVilleEstÀNous

Les textes de ce blog ont été créés lors d’ateliers d’écriture, en non mixité queer et féministe. Plus d’informations sur : www.facebook.com/languedelutte

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