Euphorie

Langue de lutte
2 min readJun 21, 2023

Kate, 25 ans, ou un quart de siècle ou encore une vie beaucoup trop longue. Kate, non-binaire, je garde mon genre pour moi. Je garde mon prénom pour les autres. C’est ça l’ambiguïté du genre il est à la fois si personnel et en même temps un sujet devenu public. Mon euphorie àmoi serait de ne plus avoir à me mentir, ce serait de mettre fin à cet épisode dissociatif, celui où je suis sans être.

À côté de moi, se tient une personne dont le genre est non identifié. Iel semble être ailleurs, le regard lointain, iel ne se décale pas lorsque je viens m’installer auprès d’ellui, contre le seul pan de mur où il reste de la place pour s’asseoir. L’appartement est rempli de monde. Mon anxiété exalte mes sens. Je suis alerte. L’ouïe fine, le regard perçant, je me réfugie dans ce coin de la pièce pour souffler, enfin. Cela fait deux heures que je suis sortie de chez moi, cinq minutes que je suis ici et pourtant cela m’a semblé des siècles. Je porte la fatigue d’un vieillard depuis toujours. L’ambiance de soirée aggrave mon cas. Je suis malade des autres ou plutôt malade de moi-même. J’éprouve un stress intense quand l’idée d’interagir avec quelqu’un·e d’autre s’impose à moi. Je ressens ainsi un énorme soulagement quand je vois que la personne près de moi ne dit mot. Iel est silencieusement en paix. J’ai peur que mon agitation mentale ne le dérange. Comme toujours je ne veux pas gêner. Depuis que ma mère m’a éduqué, et comme le dit si bien Nedjma Kacimi « Ne pas se faire remarquer, montrer l’exemplarité » a été mon principal objectif dans la vie. Membre de la minorité silencieuse, j’ai appris à me taire. Pourtant mon esprit et mes émotions sont agitées. Mais peu importe, je joue bien le jeu, je mens aux autres comme je respire. Je suis celle qu’on n’entend pas. Depuis et à cause de celui-là je sais disparaître et me rendre invisible. C’est devenu mon superpouvoir.

Kate, aux superpouvoirs

@nos_larmes_sont_nos_armes

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Langue de lutte

Les textes de ce blog ont été créés lors d’ateliers d’écriture, en non mixité queer et féministe. Plus d’informations sur : www.facebook.com/languedelutte