« Bonnes révolutions »

Langue de lutte
2 min readFeb 4, 2024

textes écrits par Elo :

Exercice 1 d’après l’extrait de la pièce de Milène Tournier : « Je m’étais fait un jour la résolution… »

Je m’étais fait un jour la résolution

  • de ne plus en prendre
  • d’en faire plein sans en dire aucune
  • de ne plus demander aux autres les leurs

J’avais senti que demander c’est quoi tes résolutions pour l’année ? ça équivalait à se positionner en mauvaise coach de développement personnel option soutien psy début d’année cellule d’aide à nouveau départ ou sortie du placard.

Alors que moi, moi je le disais comme ça, juste comme ça, pour encourager mes amix, leur donner la force entendre leurs espoirs et les pousser dans leurs rêves. Mais parfois c’était un grand vide parfois la résolution volait bien bas la résolution rasait les murs la résolution s’agrippait au plafond. Elle ne s’ancrait pas. Je voyais dans les yeux des questionné.e.s un grand flou, le flou du grand large des possibles et de l’océan des impossibles.

Alors je pense que la résolution que je me fais c’est de ne plus forcer celle des autres, de balayer devant ma propre porte, sur mon paillasson de résolutions, et de dire stop à la dictature d’être résolu.e

Exercice 3 : d’après Chloé Delaume, les Sorcières de la République : « Le jour où tout a basculé », un nouveau monde, des nouvelles règles

le jour où tout a basculé je m’en souviens comme si c’était hier mais un hier qui ressemble au futur. soudainement je n’ai plus rasé les murs il y avait de la place sur les trottoirs on y circulait tranquillement : les femmes avec poussettes les femmes qui se tenaient la main les gens portant drapeaux les trouples les artistes avec grands tableaux. ce nouveau code du trottoir en vigueur dans la capitale depuis l’article 57 rendait cette autoroute des piétons tellement plus fluide. je m’en souviens les hommes s’écartaient pour laisser passer les personnes âgées, le béton sale devenait discipliné. des bouches de métro sortaient en trombe des êtres coloré.e.s s’éparpillant dans les rues sans la moindre peur. je m’en souviens les lettres noires sur les murs avaient disparues. on ne voyait que propositions de spectacles, promesses de fêtes pailletées et de rencontres poétiques. a Rambuteau je m’en souviens on ne marchait plus dans le caniveau pour aller à la MUT. on ne heurtait plus d’uniformes on laissait son vélib sans crier. on entendait parfois le rythme sourd de personnes portant talons marcher fièrement sans se tordre la cheville sur des pavés. ce jour-là, les ruelles étaient calmes, d’un grand calme olympien, pas celui des JO non mais celui d’un espace sacré perché sur une montagne plus proche du ciel. plus personne n’effaçait les arcs-en-ciel du marais et je m’en souviens on en peignait même d’autres.

textes d’Elo @ elodielx

Atelier d’écriture Langue de lutte autour du thème bonnes révolutions

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