Bonnes révolutions

Langue de lutte
3 min readFeb 4, 2024

textes de Charlotte Minaud

Exercice inspiré d’une citation de Milène Tournier

Je m’étais un jour fait la résolution de te prendre par la main et l’on irait ensemble sur la lande islandaise blanche noire. Un pays l’hiver comme deux couleurs seulement. Noir blanc. Toi, tu ferais la couleur avec ta combinaison de ski des années 90 que tu avais trouvé à la friperie du coin. Nos bottes de ville pour la pluie pas pour l’hiver glisseraient jaune sur la neige. Nos voix seraient en buée et moi je rêverais d’y découvrir la couleur de ton timbre.

Exercice inspiré d’une citation de Chloé Delaume

A la première journée de la Révolution, Les Nouvelles Déesses changèrent les phrases dans nos bouches. Ces déesses nouvelles-nées réinventèrent la langue, une langue seule unique pour toutes. Une langue au féminin. Seule féminin. Les déesses renversèrent la grammaire, la syntaxe, la linguistique. Toutes. Nous entendions partout : « la langue sera féminine ou ne sera pas. La masculinité ne l’a que trop importé. Révolutionnons la terminologie et la lexicologie ! »

A la deuxième journée de la Révolution, les écoles déclinèrent cette nouvelle loi. Les maîtresses d’écoles, les institutrices et autres professeures de faculté se réjouirent de cette perspective. « Réinventer une langue, quelle chance ! », entendions-nous de nouveau partout. Les apprenantes se mirent à évoluer gaiement chairs et âmes dans les cours, les gentes se firent féminisées et fières et les plus belles histoires débutèrent ainsi par “elle était une fois”. Elles, elles, elles résonnèrent résolument dans toutes les villes et dans toutes les campagnes.

A la troisième journée de la révolution, la masculinité recula majoritairement dans les bouches, et les femmes, en plus de se réapproprier leur classe et leur nature, se mirent à gagner la rue. Finie la réclusion dans les toutes petites prairies d’enfance, oui ces toutes petites surfaces urbaines laissées à leurs chairs pour faire grandir les fillettes et consorts de demain, la rue devint leur légitimité. Les gentes déambulèrent fièrement accoutumées de leur plus belle tenue courte ou longue, féminine ou pas, sans peur de se faire aborder. La langue leur appartenant désormais, la suite aussi allait leur revenir.

A la quatrième journée de la révolution, les femmes s’emparèrent de leur activité salariale à bras la chair. Puisque leur langue primait, elle devait en être de même dans toutes les strates de la République des Nouvelles Déesses. La gouvernance encouragea évidemment la classe féminine à prendre les rênes des entreprises. Et tout naturellement, de nouvelles structures virent la journée et les femmes se révélèrent de formidables commerciales et des cheffes de production accomplies. Justes et bienveillantes.

A la cinquième journée, à suivre… L’idée étant d’aller jusqu’à sept et de voir une communauté plus tendre et arrondie évoluer !

textes écrits par Charlotte Minaud

Atelier d’écriture Langue de lutte autour du thème bonnes révolutions

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Les textes de ce blog ont été créés lors d’ateliers d’écriture, en non mixité queer et féministe. Plus d’informations sur : www.facebook.com/languedelutte