Lèvres rouges sous crâne rasé, cuir sur moustache de léopard. Depuis le coup de tondeuse, dans la rue les crachats ont glissé de pute à pédé sans passer par la case gouine. On entend aussi l’éloge charmé aux demi-bonnes peintes en brunes : androfatal flambé.e tequila poivre & sel. Joli.e juste ce qu’il faut pour que tu crois être le seul à entrevoir la beauté, pourtant normée, banale transgression balisée. La rareté apparente te fait croire que ça mérite d’en parler : - T’es sexy. - Je sais. 33 tours d’urbex misandre dans les gencives. Le gars est vexé. Les…


Je sors d’une aile de l’ancienne usine de biscuits, je viens d’écouter une conférence de littérature dans un amphi nu, béton néon, et ma pinte est presque terminée. On doit vite libérer les places pour le concert qui suit. Le DJ set commence dans ce qui s’apparente à un hall, très haut et chaleureux, rouge laqué, avec un zinc lumineux et ornementé sur le côté. Il y a trop de monde, je vais dehors. La nuit commence à tomber. Le lieu me fait toujours le même effet : tellement inhabituel dans la ville, si calme et détourné, avec son bar…


Ça sent le pain, le pain chaud. Le trafic ici c’est toujours le bordel, j’entends les moteurs et les klaxons, le bus qui arrive et qui s’arrête, les portes qui s’ouvrent. Je pourrais le prendre et rentrer chez moi plus vite, mais il fait beau, sec et froid : j’ai envie de marcher. Ça doit être l’heure de la sortie de l’école, il y a des daronnes qui parlent arabe entre elles, des poussettes et des gamins qui crient. Un mec passe à côté de moi, un sac plastique à la main d’où s’échappe une odeur de kebab. Ça me…


Est-ce que la ville te manque ? Est-ce que Paris te manque ? Elle m’a demandé ça tout à l’heure. Je n’ai pas répondu, je ne sais pas. J’avais le vertige en me réveillant ce matin, la nausée d’un lendemain de cuite. Comme si le corps s’était rappelé ce qu’un samedi matin était normalement pour lui : le mal de tête, le « Je ne vais pas y arriver », la fatigue, la lassitude. Mais les vendredis soir ne nous abîment plus depuis longtemps.

C’est étourdissant de réaliser qu’on s’habitue à tout. On nous interdit de sortir, on nous interdit…


J’avance dans le noir. La cadence de mes pas, signent la peur.

Ça faisait longtemps que ce n’était pas arrivé. Ce n’était toujours pas réellement autorisé. Nous n’étions ni les premières ni les dernières à le faire. Nous ne faisions rien de mal. En fait, nous faisions ce que nous avions l’habitude et le droit de faire librement quelques semaines auparavant. Que maintenant nous ne pouvons plus faire, légalement.

Avant, des inconnues pouvaient devenir des histoires d’un soir, des histoires à raconter, des histoires à suivre, nos belles histoires. Des visages jamais croisés pouvaient devenir familiers au lever du jour.


Ça sent le poisson.

J’aime pas cette odeur. Je ne sais pas si c’est le goût ou l’odeur que je déteste le plus dans le poisson. L’odeur du goût peut-être.

Les quais sont noirs de monde et de bière. C’est le week-end des Joutes. Excitation générale. Les hommes sont parés et préparés. Pas une tâche, pas un pli.

Il y a quelques mois des femmes ont demandé à intégrer les joutes sétoises. Refus catégorique. Les joutes sont et resteront exclusivement masculines.

Les cris se mêlent au bruit des hommes qui chutent dans l’eau. Qu’ils se noient. Qu’ils crèvent au fond…


Le ciel est noir parsemé d’étoiles blanches qui scintillent comme des balles de revolver perdues éraflées. Elle marche seule. Sur Sunset boulevard les grands palmiers poussiéreux penchent leurs palmes de vert plastique fluo dirty vers elle pour l’envelopper, l’étreindre et l’étouffer. Hollywood boulevard étend son serpent large et sinueux, somnolent au cœur de la ville, des hordes de loosers montent et descendent le long de ses trottoirs friables à la recherche d’un verre au fond duquel revoir les reflets éclatés de leurs rêves brisés, booze, booze, leurs désirs au fond de leurs cœurs ralentis vrombissent comme les ailes des mouches…


Zone Autonomie Féministe.

Tout le monde dit que Paris pue, qu’elle est sale mais je l’ai toujours identifiée comme étant la ville lumière. Celle de la Belle Époque, des corsets et du progrès. Celle des grandes avenues et des perspectives haussmanniennes où tout est bien rangé, dans laquelle chaque perspective se termine sur un monument. Ici un Opéra flanqué aux initiales d’un dictateur, là un cavalier victorieux avec plus loin, une rue à son nom qui le porte aux cieux. J’ai même de l’affection pour les pigeons, lointains ancêtres des voyageurs qui délivraient les messages derrières les lignes ennemies. Ils sont porteurs d’espoir…


J’ai passé l’après-midi d’hier entourée de douceur.

Un atelier d’écriture sur la colère.

Je n’y arrivais pas.

La colère ne sortait pas.

Trop de douceur autour de moi.

Une trentaine de femmes étaient là, à écrire leur colère.

On s’écoutait, elles se livraient, se dévoilaient, on riait, on s’émouvait, on se réchauffait.

Il faisait froid dehors.

Le monde est tellement froid.

Et je suis restée là, au milieu de ces femmes, le plus longtemps possible. Je ne partais pas.

J’étais bien.

J’avais raconté une petite colère qui n’en était pas une.

Juste un dégoût, une déception.

L’amertume d’un combat gagné…


Avant, j’ai aimé la fête. Je l’ai frottée fort pour qu’elle exauce mes souhaits. J’ai gagné de belles insomnies et perdu quelques synapses aussi. Dans les sourires d’insouciance j’ai serré mes molaires jusqu’à les limer. Maintenant je mâche le vice à mini-mot, je suis de l’autre côté ; de la trentaine, de la fête et du bar, parfois. Il m’est arrivé de prendre les commandes, de traire des litres d’alcool contre un loyer. Un ginto, deux mojito, trois bières et un Coca. - En demi ou en pinte ? - Quoi ? - Les bières, en demi ou en pinte…

Langue de lutte

Les textes de ce blog ont été créés lors d’ateliers d’écriture, en non mixité queer et féministe. Plus d’informations sur : www.facebook.com/languedelutte

Get the Medium app

A button that says 'Download on the App Store', and if clicked it will lead you to the iOS App store
A button that says 'Get it on, Google Play', and if clicked it will lead you to the Google Play store